Agrivoltaïsme : les questions de l’été 2026

Les territoires sont, par nature, des systèmes d’interdépendance.

La campagne alimente les villes en espaces naturels, en eau, en nourriture, en énergie.

En retour, les centres urbains lui apportent services, emplois, santé, équipements spécialisés, débouchés.

Cette coopération historique repose sur des complémentarités. Et l’une des plus essentielles est aujourd’hui en danger : la fonction nourricière de l’agriculture.

Les canicules à répétition de l’été 2026 ont révélé l’impensable : les agriculteurs peuvent être empêchés de nourrir leurs voisins des villes et des villages. Et aussi leurs propres animaux.

Crises céréalière, maraîchère, légumière, fourragère : les cultures crament faute d’eau, d’ombre, de vent, de fraîcheur.

Comme les incendies, le stress climatique agricole n’épargne presque plus aucun territoire.

Sous pression d’une nouvelle réalité, c’est toute la société qui cherche à s’adapter.

Dans les villes, on réfléchit aux occultants solaires, aux volets, à l’isolation, à la climatisation, aux peintures réfléchissantes, à la végétalisation, à la ventilation des toitures…

Sensibilisés, les Architectes des Bâtiments de France (ABF) sont prêts à des assouplissements et les législateurs à leur demander de se contenter d’un « avis simple » plutôt qu’un « avis conforme » contraignant.

Nouveau mot d’ordre au sortir de cet été 2026 : des solutions sont possibles à condition d’intégrer qu’elles modifient le paysage.

L’altération esthétique induite par l’adaptation nécessaire pourrait-elle devenir acceptable pour certains ?

Dans les campagnes, l’agrivoltaïsme pose exactement cette question.

Car associer une production agricole à des panneaux photovoltaïques modifie incontestablement la traditionnelle carte postale des paysages ruraux.

Mais cette transformation a des bienfaits. Elle apporte de l’ombre aux cultures ou aux animaux, limite l’évapotranspiration, contribue à une meilleure gestion de l’eau, permet une irrigation plus maîtrisée et protège certaines productions contre des aléas climatiques de plus en plus extrêmes et fréquents.

La concertation autour des projets agrivoltaïques demande souvent de réduire leur covisibilité, de masquer les panneaux, d’épargner des perspectives.

Mais préserver un territoire ne signifie peut-être plus nécessairement le conserver à l’identique.

Car à force de vouloir protéger certains paysages de toute transformation visible, nous risquons de voir disparaître ce qui les rendait vivants.

Une prairie grillée est-elle davantage un paysage préservé qu’un champ où continuent de cohabiter un paysan, son élevage, ses cultures, ses haies et des rangées de panneaux photovoltaïques ?

La question mérite d’être posée dans cette France de 2050 arrivée plus tôt que prévu.

Dans ce contexte extrême, les procédures de consultation et d’instruction seraient bien inspirées d’évaluer les projets en tenant compte des opportunités créées pour le territoire.

Par exemple, produire une électricité zéro carbone, 100% locale, peut utilement servir à alimenter demain des systèmes collectifs de ventilation, de brumisation, de rafraîchissement, de climatisation. A transformer écoles, Ehpad, salles communales, commerces, entreprises, en refuges climatiques.

Un îlot de de décarbonation a cette vocation de produire une partie de l’énergie nécessaire à préserver non plus seulement la compétitivité ou l’attractivité d’un territoire, mais aussi son habitabilité.

Jusqu’à présent, les exploitants engagés dans des projets agrivoltaïques avaient toutes les peines du monde à convaincre leur territoire du bien-fondé agricole de leur démarche.

Plus que jamais nous avons besoin d’agriculteurs en bonne santé physique, économique et mentale pour pérenniser nos écosystèmes vivants.

En se posant les bonnes questions.

Combien vaut, pour un territoire, une agriculture qui continue à produire ?

Combien vaut une exploitation qui reste économiquement viable ?

Combien vaut une prairie qui continue à nourrir un troupeau ?

Demain, d’autres questions vont également engager les agriculteurs :

Combien vaut un mégawattheure produit localement lorsqu’il permet à une entreprise de décarboner son activité à prix compétitif ?

Combien vaut la maison d’un riverain bénéficiant d’une énergie verte et locale à coût maîtrisé dans le temps et voisine d’équipements de confort climatique ?

Dans cette France officiellement documentée comme le pays le plus anormalement chaud de la planète, l’habitabilité de nos territoires doit maintenant se penser en termes de nouvelles solutions.

Elus, chambres d’agriculture, services instructeurs, associations, citoyens, tous ces acteurs d’un même espace ont aujourd’hui le pouvoir de simplifier leur mise en action pour accélérer la résilience collective, alimentaire, énergétique et climatique.

Les paysages de demain ne ressembleront probablement pas exactement à ceux d’hier.

La vraie question est ailleurs : que voulons-nous absolument continuer à y contempler ?

Des habitants. Des agriculteurs. Des cultures. Des animaux. Des villages vivants. Des territoires dans lesquels il reste possible de travailler, de vivre.

C’est peut-être cela, désormais, préserver un paysage.

(Image générée par IA d’après le cliché capturé par Maximilien Lamy, éditeur photo à l’AFP, qui a fait le tour du monde pour illustrer les mégafeux de l’été.)