Le dernier rapport de la Commission de régulation de l’énergie, intitulé « Économie du système électrique français hexagonal », confirme que les EnR font baisser les prix de marché.
Précision apportée : ce qui est « bénéfique pour le consommateur », augmente dans une proportion limitée les coûts du système, estimés en 2025 à 40 Mds€ pour la production et 15,9 Mds€ pour l’acheminement. Les consommateurs en supportent respectivement 92 % et 80 %.
Dans son communiqué, la CRE écrit que « la poursuite du développement des EnR, au-delà de la file d’attente actuelle, est pertinente du point de vue du consommateur, y compris si la demande ne redémarre pas immédiatement. »
Encore un French paradoxe : nous savons créer des électrons décarbonés mais nous ne savons pas tous les consommer au bon moment.
La preuve : 3 TWh d’électricité renouvelable n’ont pas été produits en 2025 faute de débouchés.
Plutôt que d’écrêter l’électron vert, maximisons les usages.
Recharge, froid, chaleur, industrie, stockage, agriculture, data centers, gaz verts…
Consommer plus d’électricité décarbonée à la place du pétrole, du gaz et du charbon, c’est aussi mieux amortir les coûts du système.
Et le marché qui arrive est spectaculaire selon les données RTE citées dans le rapport : 30 GW de puissance de raccordement sont réservés à des installations électro-intensives, notamment data centers, électrolyseurs et procédés industriels. En parallèle, ce sont aussi 14 GW de projets de stockage qui sont en file d’attente.
Deux chiffres qui racontent un système en train d’apparaître : la transition n’est plus seulement une affaire de production décarbonée, mais de connexion à une consommation décentralisée.
La localisation devient de plus en plus stratégique, nécessitant une coordination tactique avec les capacités de stockage. Pas anodin vu les coûts d’acheminement.
Ce qui se passe, c’est la sortie du système historiquement centralisé. Une question de pilotage.
Qui implique de synchroniser davantage les courbes de production et de consommation.
Deux leviers associés, selon la CRE : électrifier davantage les usages et agir sur la temporalité de la demande et de l’offre, grâce aux flexibilités.
L’initiative « 100 territoires d’électrification », lancée par le gouvernement (ils sont en fait 109 lauréats), va dans le sens du premier levier.
À condition de ne pas perdre l’objectif : mieux organiser les débouchés de l’énergie décarbonée.
Une vision qui nécessite en premier lieu de cartographier les besoins électriques futurs pour organiser la consommation au plus près de la production.
Et d’enrichir le champ des flexibilités.
Ajuster la production, effacer la consommation, moduler, restituer, interconnecter, sont des mesures qui visent à consommer différemment dans le temps, à déplacer les heures creuses par exemple.
D’autres mesures de flexibilité pourraient favoriser l’accès direct à l’électron décarboné : élargir les boucles d’autoconsommation, simplifier le marché des PPA…
Autrement dit par Dhooing : l’heure est venue de libérer l’énergie décarbonée pour lui trouver plus d’usages et de consommateurs.
L’enjeu intermédiaire : transformer la surproduction en « énergie à tout faire » plutôt qu’en prix négatifs.
Le bon électron. Au bon endroit. Au bon moment. Pour le bon usage. Au bon prix.
#Lagoodénergie