Hybridifier le moteur de la décarbonation française ?

C’est le message du dernier rapport Secten publié par le Citepa qui présente, chaque année depuis 1990, l’évolution des émissions territoriales (émises physiquement sur le territoire de la France) de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques.

En résumé, notre mix énergétique bas carbone continue de faire le job pour réduire les émissions de GES, mais le rythme ralentit depuis 3 ans : -6,8 % en 2023, -3 % en 2024, -2,1 % en 2025.

Pour respecter les objectifs de réduction et atteindre la neutralité carbone, il faudrait revenir à une cadence annuelle de -5 % entre 2024 et 2030 et de -7 % en moyenne d’ici à 2050.

Bonne nouvelle : le premier trimestre 2026 est dans la cible avec une prévision de -5,2 %.

Mauvaise nouvelle : l’estimation est principalement tirée par le recul des émissions des bâtiments, des transports et de l’industrie manufacturière. Donc plutôt liée à la météo (et dans une moindre mesure la rénovation thermique) et à la contraction de l’activité économique, voire à la désindustrialisation (le Citepa mentionne la fermeture d’un vapocraqueur).

Une bad news confirmée par des données Insee plus globales qui annoncent -1,7 % pour l’année 2025.

Autre cause : une conjoncture dégradée du secteur de l’énergie qui contribue plus faiblement à la baisse que les années précédentes.

« Après deux années consécutives de recul particulièrement marqué de la production d’électricité à partir de sources fossiles, permise par le redémarrage des centrales nucléaires et la hausse tendancielle de la production renouvelable, les marges de baisse sont désormais limitées » explique aussi une note de conjoncture Insee.

Notre lecture : la réduction des GES par le seul effet de la décarbonation de l’énergie ne suffit plus. Pour se remettre à accélérer, il faut un second moteur qui doit venir des usages : l’électrification de tous les secteurs.

Le bon modèle, c’est la baisse des émissions à activité maintenue, relocalisée, électrifiée.

Les observations du Citepa et de l’Insee dessinent une même ligne rouge écarlate : les émissions ne reculeront plus assez vite si l’électron décarboné reste à distance des besoins.

C’est l’histoire d’une bascule : la France ne doit plus seulement produire une énergie décarbonée. Elle doit organiser sa consommation autour de ceux qui en ont besoin.

Nous avons appris à produire bas-carbone. Apprenons maintenant à consommer bas-carbone. L’âge adulte de la transition énergétique.

Et puisque la France a chaud, rappelons enfin que les GES appuient sur l’accélérateur du réchauffement climatique. Décarboner, c’est lever le pied. Sans ralentir l’économie, à condition de préserver la compétitivité de notre énergie décarbonée.