La décarbonation comme aide stratégique à l’agriculture

L’énergie décarbonée est-elle au cœur des futurs enjeux de transition du secteur agricole ?

La question mérite d’être posée au moment où la Commission européenne pose le prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034 de la Politique agricole commune (PAC).

La transition vers des modes de production plus durables est la vision qui doit préfigurer l’architecture environnementale. Celle-ci conditionne en partie subventions et mesures incitatives.

Hors la protection des sols et de l’eau, ainsi que les mesures agroenvironnementales et climatiques, l’électrification de la Ferme Europe semblerait, légitimement au regard des dernières crises agricoles, devoir faire partie de l’ambition.

« Après un mandat marqué par la pandémie de Covid-19, l’invasion russe en Ukraine et l’intensification de la guerre commerciale, la Commission européenne a fait de la réactivité face aux crises climatiques et sanitaires une des pierres angulaires de sa nouvelle architecture budgétaire » remarque en tout cas l’IDDRI dans une note de décryptage.

Souhaitons que les crises énergétiques soient prises en compte dans les actions de subsidiarité déléguées aux Etats membres.

Dans l’objectif de rendre les fermes plus résilientes face aux aléas, la décarbonation a en effet toute sa place parmi les mesures d’adaptation et les idées innovantes à déployer.

Qu’en pense Chambres d’agricultures France qui vient de publier son projet stratégique 2025-2030 ? L’objectif 3 recommande bien d’accompagner les agriculteurs dans les transitions, face aux aléas, aux crises et aux effets du changement climatique. Et l’objectif 6 formule l’ambition de « soutenir des activités dans le prolongement de l’activité agricole » avec notamment 2 leviers : la diversification et l’intégration des enjeux environnementaux et décarbonation comme sources de revenus complémentaires. Mais sans plus de références ou d’explications.

Notre conclusion : l’énergie décarbonée n’est pas encore considérée comme un axe stratégique de résilience et de croissance de l’agriculture. Alors que ses acteurs sont pourtant victimes de crises conjoncturelles et structurelles qui viennent percuter non plus seulement leur modèle économique, mais tout simplement leur existence.

En tant que feuille de route européenne, la prochaine PAC a cette opportunité d’éclairer une forme d’accélération de l’incitation à innover, à se diversifier et, pourquoi pas, à renouer les liens avec son territoire, en lançant par exemple des projets d’autoconsommation collective concertés avec ses voisins et alimenté par une énergie renouvelable issue de l’exploitation agricole : 100 % locale, zéro carbone et fière de l’être !

Comme toujours, le diable se cacherait dans les détails des modalités politiques, financières, techniques, d’application de l’ambition.

Mais, une agriculture aidée par la créativité, avec l’énergie décarbonée comme faisant partie de l’esprit paysan, une révolution de bon sens, non ?