Les territoires, premiers décideurs de la décarbonation

Lue dans Libé, cette phrase extraite de la tribune* écrite par Lucas Chancel, professeur d’économie à Science-Po, et qui résume bien la crise énergétique actuelle : « Des millions de ménages, captifs de leur voiture thermique, voient leur reste à vivre se contracter sans alternative. » Bien dit professeur.

Comme quoi l’équation « choisir entre fin du monde et fin du mois », formule consacrée et rabâchée depuis des décennies pour décrire l’enjeu majeur de la transition, ne trouve pas de solution évidente.

Il y a 50 ans, l’Agence des économies d’énergie (AEE), ancêtre de l’ADEME, nous avait prévenu : « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ». Et c’est vrai que, décarboner le mix énergétique tricolore par le nucléaire puis les renouvelables, s’est révélé être une bonne idée.

Nouvelle crise pétrolière, nouvelles idées. Parmi celles soulignées par Lucas Chancel : accélérer l’électrification du secteur des transports par le leasing social, mettre à contribution la commande publique, s’appuyer sur les territoires pour accompagner l’autonomie énergétique des ménages, créer un fonds souverain européen capable d’investir en capital dans les entreprises stratégiques pour la décarbonation… Que des mesures de bon sens.

Celle proposant à nouveau de débattre de la nationalisation de TotalEnergies, même au nom de l’intérêt général, invite à formuler une contre-proposition.

La vraie bonne idée pourrait être de lancer un grand débat national sur le sujet d’une décarbonation choisie par tous, y compris, justement, par les majors, qui pourraient faire preuve de créativité dans l’utilisation des rentes énergétiques pour accélérer la transformation des usages et des infrastructures.

Sur cette question, finalement très locale, les territoires, leurs élus, les industriels, les entreprises de manière générale, sans oublier les agriculteurs, commerçants, artisans, les citoyens, ont en effet leur mot à dire. Ils doivent être les premiers décideurs de leur propre avenir énergétique.

Pour tous ces acteurs, la crise iranienne n’est qu’une résurgence. L’urgence d’accroître sa souveraineté leur est apparue 4 ans auparavant, avec les conséquences du conflit ukrainien.

Plutôt que de penser à nationaliser pour mieux contrôler, pensons à libérer l’énergie ! Et écoutons les territoires pour mieux répondre à leurs projets.

(* « Un pacte social pour la voiture décarbonée », Libé daté du 11 et 12 avril 2026)